Will Bonga, vieux Pèlerin !

Le TDA des adultes:


Le TDA: alcoolisme et autres addictions (assuétudes)

par Wendy Richardson, MA, LMFCC

Il est permis de télécharger ou reproduire l'article qui suit, de créer des hyperliens s'y référant ou de l'inclure dans un site web à la condition de bien mettre en évidence en tête dudit article la déclaration suivante:

Ce matériel éducatif est rendu disponible grâce à la courtoisie de Darryl Peterson et de Attention Deficit Disorder Resources, un organisme sans but lucratif qui a son siège social à Tacoma dans l'État de Washington et dont l'objectif est d'aider les personnes déficientes attentionnelles à réaliser leur plein potentiel. Notre abondante documentation ainsi que notre revue trimestrielle sont en vente à l'adresse suivante: ADD Resources, 223 Tacoma AveS, #100, Tacoma, WA. 98402. - Tél.: (253) 759-5085 - Courriel (en anglais): addresources@nventure.com - Site web: www.addresources.org. - Source francophone: le TDA des adultes.

Il est fréquent que des personnes ayant un trouble de l'attention (TDA) se tournent vers les drogues telles que l'alcool, la marijuana, l'héroïne, les tranquillisants, les médicaments contre la douleur, la nicotine, la caféine, le sucre, la cocaïne et les amphétamines dans l'espoir de calmer leur corps et leur cerveau agités. Nous appelons auto-médication l'usage de drogues pour améliorer ses capacités, pour aider à se sentir mieux ou pour diminuer ou engourdir ses émotions.

Jeter de l'huile sur le feu

Le problème tient au fait que, au début, l'auto-médication agit très bien et les personnes déficientes attentionnelles (DA) éprouvent un soulagement dans leur corps et dans leur cerveau agités. Pour certaines d'entre elles, des substances telles que la nicotine, la caféine, la cocaïne, les pilules amaigrissantes et les stimulants (speeds) leur permettent de se concentrer, d'avoir des idées claires et de compléter les tâches qu'elles se sont fixées. D'autres adopteront l'alcool et la marijuana pour soulager les symptômes de leur TDA.

Les gens qui abusent de ces substances, ou qui ont des antécédents d'abus de ces substances, ne sont pas méchantes pour autant. Elles essaient par elles-mêmes, et de façon désespérée, d'atténuer leurs échecs et les symptômes de leur TDA. L'auto-médication peut procurer un certain réconfort mais le problème tient au fait qu'elle amène aussi toute une kyrielle d'addictions qui, à la longue, compliquent énormément la vie. Ce qui, au point de départ, se voulait une solution, s'avère être la cause de problèmes qui vont jusqu'aux crimes impulsifs, la violence conjugale ou familiale, les dépendances, l'accroissement de comportements à hauts risques, les pertes d'emplois, les ruptures de relations, les foyers brisés et la mort. Trop de gens, dont le TDA et les troubles d'apprentissage et de perception ne sont pas traités, se retrouvent en prison ou meurent des suites d'addictions reliées à ces problèmes.

Auto-médicamenter son TDA à l'alcool ou aux drogues consiste à jeter de l'huile sur le feu. Les peines et les souffrances sont comme un incendie incontrôlé et on utilise de la gazoline pour l'éteindre! On explosera en essayant de contrôler l'incendie de cette façon.

Un article tiré du American Scientists nous apprend que, aux USA seulement, il y a 18 millions d'alcooliques, 28 millions d'enfants d'alcooliques, 6 millions de cocaïnomanes, 14,9 millions d'individus qui abusent d'autres substances et 25 millions d'assujettis à la nicotine.1 Au total, 63,5 millions d'Américains sont assujettis à une substance quelconque [près de 25% de la population!].

Qui est susceptible de devenir toxicomane?

N'importe qui peut céder à la tentation d'avoir recours à des substances psychotropes pour diminuer l'émotivité déchirante duSe au TDA. Plusieurs raisons peuvent expliquer le fait que certaines personnes s'assujettissent et d'autres pas. Il n'existe pas une cause simple pour expliquer la toxicomanie mais plutôt de nombreux facteurs tels que une prédisposition génétique, une déficience neuro-chimique, des antécédents familiaux, divers traumatismes, le stress, et d'autres problèmes physiques et émotifs. Ce qui détermine en partie le fait qu'on devient toxicomane ou pas est une co-occurrence de plusieurs de ces facteurs. Vous avez peut-être une prédisposition pour l'alcoolisme, mais si vous faites le choix de ne pas consommer d'alcool, vous n'êtes pas alcoolique. Il en est ainsi de la toxicomanie. Si vous ne fumez pas de pot, si vous ne reniflez pas de cocaïne, si vous ne fumez pas d'héroïne ni ne vous en injectez, vous ne serez jamais assujettis à ces substances.

Dans l'ensemble, les personnes déficientes attentionnelles sont plus susceptibles de s'auto-médicamenter que les personnes qui n'ont pas de TDA. Les docteurs Hallowell et Ratey estiment que 6% à 15% d'Américains souffrent d'un TDA. 30-50% d'entre eux, selon d'autres chercheurs, ont recours aux médicaments, aux drogues et à l'alcool pour soulager les symptômes de leur TDA. 2

Ces chiffrent n'incluent pas les personnes qui abusent de la nourriture ou qui ont d'autres comportements compulsifs pour soulager les symptômes de leur TDA et les nombreuses émotions négatives qui y sont associées. En face d'un TDA, il importe de voir si la personne abuse ou non de substances. Et, lorsqu'il y a abus de substances, il importe également de voir si la personne n'a pas un TDA.

Prévention et intervention précoce

«"Vous n'avez qu'à dire non!" Mais s'il était si simple de dire non aux drogues, nous n'aurions pas des millions d'enfants, d'adolescents et d'adultes toxicomanes. Pour certains d'entre eux, l'attirance biologique et émotive pour les drogues est si grande qu'ils ne peuvent pas voir les risques de l'auto-médication. Et cela est d'autant plus vrai pour les personnes déficientes attentionnelles qu'elles ont une propension pour les expériences fortes et à risques.»3

Cela s'applique également aux personnes déficientes attentionnelles qui souffrent sur les plans physique et émotif d'agitation, d'impulsivité, de manque d'énergie, de problèmes de concentration et d'organisation, et d'un large éventail de rejet social dû à un TDA non traité. Il est difficile de dire non aux drogues lorsque vous avez des difficultés à contrôler vos impulsions, des difficultés à vous concentrer et que votre corps et votre cerveau agités vous tourmentent sans cesse. Plus tôt nous traitons les enfants, les adolescents et les adultes déficients attentionnels, plus nous avons de chances de les aider à réduire et même à supprimer leur auto-médication.

Nombre de parents, thérapeutes et médecins bien intentionnés redoutent que le fait de traiter le TDA avec une médication puisse mener à la toxicomanie. Ce ne sont pas toutes les personnes déficientes attentionnelles qui ont besoin d'une médication; mais pour ceux pour qui c'est nécessaire, une médication bien suivie peut prévenir et minimiser le besoin de s'auto-médicamenter. Quand la médication aide à se concentrer, à contrôler ses impulsions, et à équilibrer son énergie, il y a moins de chances de succomber à l'auto-médication.

Le TDA non traité et les rechutes dans la toxicomanie

Un TDA non traité contribue aux rechutes dans la dépendance et, au mieux, peut faire en sorte que les gens se sentent misérables, déprimés, insatisfaits et suicidaires. Beaucoup d'individus en recouvrance ont passé des heures innombrables en thérapie à travailler des souvenirs d'enfance, à connaître leur enfant intérieur, à analyser leurs comportements et à chercher le pourquoi de leur addiction.

La quête spirituelle, la prise de conscience et l'expression des émotions, sont absolument nécessaires au maintien de la recouvrance. Mais, si après de nombreuses années de thérapie de groupe et de thérapie individuelle, vous quittez encore vos emplois et mettez un terme à des relations sur des «coups de tête», si vous ne pouvez pas atteindre vos objectifs et assumer vos rêves, si vous êtes énervés-énervants ou si, au contraire, vous manquez d'énergie, se pourrait-il que, en plus de vos addictions, vous ayez un TDA?

Le traitement du TDA et de la toxicomanie en même temps

Il est insuffisant de traiter les addictions si on ne traite pas le TDA, pas plus qu'il n'est suffisant de traiter le TDA si on ne traite pas les addictions qui y sont associées. Ces deux problèmes doivent être diagnostiqués et traités si on veut que l'individu ait une chance de maintenir sa recouvrance. Voici maintenant quelques informations pour faire en sorte que les spécialistes des addictions et les spécialistes du TDA puissent travailler ensemble.

Un bon programme de traitement comprend:

Les étapes de la recouvrance

Il importe de traiter les personnes à la fois déficientes attentionnelles et toxicomanes selon les différents stades de leur recouvrance.

La recouvrance est un processus qui peut se répartir en 4 stades.

La pré-recouvrance: période précédant un traitement pour des addictions. Il peut s'avérer difficile de distinguer les symptômes du TDA de ceux d'une addiction ou d'une intoxication. Il importe à ce stade-ci de traiter la personne pour ses addictions ou ses troubles alimentaires. Ce n'est pas le moment de traiter le TDA à l'aide de psycho-stimulants.

Les débuts de la recouvrance: à ce stade-ci, il est encore difficile, mais non impossible, de distinguer les symptômes du TDA de ceux du sevrage: distractibilité, agitation, sautes d'humeur, confusion et impulsivité. Une bonne partie de ce qui ressemble à un TDA disparaîtra peut-être en cours de recouvrance. Ce qui ne trompe pas par contre, ce sont les symptômes du TDA au long cours, c'est-à-dire depuis l'enfance. Dans la plupart des cas, il ne convient pas de faire usage de psycho-stimulants dans les débuts de la recouvrance, à moins que le TDA ne soit un empêchement à l'atteinte de la sobriété.

La mi-recouvrance: à ce stade-ci, les toxicomanes, les alcooliques, et les boulimiques-anorexiques débutent leur recouvrance. C'est habituellement la période où ils cherchent à traiter des problèmes qui ne sont pas encore disparus. Il est alors beaucoup plus facile de diagnostiquer un TDA, et la médication peut s'avérer plus efficace.

La recouvrance: c'est alors le meilleur moment pour traiter le TDA à l'aide d'une médication bien et prudemment dosée. À ce stade-ci, la plupart des personnes en recouvrance ont une vision élargie au-delà de leur sobriété. La recouvrance est une partie importante de leur vie et elles ont maintenant la souplesse nécessaire pour affronter d'autres problèmes, tels que le TDA.

Médicaments et toxicomanie

Les psycho-stimulants, lorsque prescrits de façon appropriée et bien suivis, sont efficaces dans 75% à 80% des cas de TDA. Ces médicaments sont le Ritalin, la Dexedrine, l'Adderall et la Desoxyne.

Il importe de noter que, quand on utilise ces médicaments pour traiter le TDA, la dose est beaucoup moindre que ce que les toxicomanes utilisent pour atteindre l'euphorie. Avec une médication convenablement dosée, les gens ne se sentent pas euphoriques ou entrains (speedy); ils rapportent plutôt une plus grande capacité de se concentrer et de contrôler leurs impulsions et leurs activités. Aussi la voie de la délivrance est différente; la médication pour le TDA se prend par voie orale alors que les amphétamines de rue se prennent par voie respiratoire (fumée) ou par voie intraveineuse (injection).

Pour certaines personnes, des médications non stimulantes telles que Cylert, Effexor, Nortriptyline, Prozac, Wellbutrin et Zoloft, peuvent également être efficaces dans le traitement des symptômes du TDA. Ces médications sont fréquemment utilisées en combinaison avec une dose minimale de psycho-stimulant. Mon expérience m'indique que, lorsque une personne en voie de recouvrance consent à essayer la médication, les chances qu'elle en abuse sont minimes. Encore là, la clé du succès est un programme de traitement compréhensif qui comporte un suivi médicamenteux serré, un suivi comportemental, un parrainage du TDA, des groupes de soutien, et un engagement constant dans des programmes de recouvrance à Douze Étapes.

Il y a de l'espoir

Ces dernières années, j'ai été témoin de la transformation de personnes dont la vie était ravagée par un TDA et une toxicomanie non traités. J'ai travaillé avec des gens qui avaient suivi plusieurs programmes de traitement pendant une dizaine, voire une vingtaine d'années, et qui atteignaient enfin une sobriété constante et satisfaisante une fois leur TDA traité.

«Chaque jour j'en apprends un peu plus sur les ravages du TDA dans ma vie. Mes clients, mes amis, ma famille et mes collègues sont mes professeurs. Je ne souhaite pas à personne de devenir déficient attentionnel ou toxicomane mais, si tel est l'héritage que le hasard génétique vous a laissé, vous pouvez quand même mener une vie gratifiante et satisfaisante.»3

Wendy Richardson, MA, LMFCC, spécialiste en toxicomanies, est l'auteur d'un livre récent intitulé The Link Between ADD and Addiction: Getting the Help You Deserve. Wendy est consultant, agent de formation et conférencier national et international sur le TDA et les troubles d'apprentissage. On peut le contacter [en anglais] au numéro de téléphone (408) 479-4742 ou par télécopieur: (408) 684-1615.

1: Bum, Cull, Braverman and Comings, "Reward Deficiency Syndrome", American Scientist, March-April (1996), p. 143.
2: Maureen Martindale, "A Double-Edged Sword", Student Assistant Journal (November-December, 1965).
3: Wendy Richardson, MA, LMFCC.

Titre original: «ADD, Alcoholism and Other Addictions»
Traduction: GLM, janvier 2001


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Québec (Qué), Canada, décembre 2002.

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