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Philippe Pinel, un des fondateurs de la psychiatrie moderne, fut une figure dominante dans les premiers temps où on s'intéressa à un traitement humain des malades mentaux.
Bien qu'il se fut d'abord préparé pour la prêtrise, Pinel décida finalement de s'orienter vers la médecine. En 1789, il devint médecin dans sa France natale et écrivit un livre sur la classification des maladies. Ce livre servit de manuel de base pour plusieurs écoles de pensée en médecine clinique.
Une période critique dans la vie de Pinel survint lorsque un de ses amis intimes fut affligé de maladie mentale et, lors d'un épisode psychotique, s'enfuit dans la forêt et fut dévoré par une meute de loups. C'est à partir de ce moment que Pinel décida de consacrer sa carrière aux soins des malades mentaux.
Pour nous tous qui sommes schizophrènes, le 24 mai 1793 est une date importante. Au début de cette année, Pinel avait été désigné médecin-chef de Bicêtre, un asile d'«aliénés» pour hommes à Paris. Il fut horrifié par ce qu'il y trouva. De nombreux patients étaient enchaînés aux murs et certains d'entre eux depuis 30 ou 40 ans.
Bien que les responsables de cet asile l'eurent prévenu, Pinel prit une décision singulière et hardie en ce jour de mai 1793: il délivra de leurs chaînes les patients non violents qui réagissaient favorablement. Il renonça également aux purgations, aux saignées et aux ampoules, pour les remplacer par des traitements psychologiques. Les résultats de cette première réforme humanitaire furent éclatants. Avant Pinel, 60% des patients de Bicêtre mouraient par maladie, par suicide ou d'autres causes, durant les deux premières années après y avoir été admis. Ce chiffre diminua jusqu'à 10% sous la gouverne de Pinel (et diminua encore à mesure que la réforme se prolongea).
En 1795, Pinel fut désigné médecin-chef de la Salpêtrière, l'asile pour femmes de Paris. Il y appliqua les mêmes mesures et les poussa même plus loin. À la Salpêtrière, il congédia des préposés cruels et ignorants pour les remplacer par un personnel compatissant et éclairé. C'est là aussi qu'il établit la pratique de monter des dossiers sur chaque patient afin d'améliorer le traitement à long terme de ces derniers. Ces dossiers servirent de point de départ pour l'étude de la maladie mentale même au cours du siècle suivant.
Sous Pinel, le lieu de résidence des malades mentaux fut transformé d'un asile en un hôpital. Et les réformes de Pinel furent étendues à toute l'Europe.
En 1806, Pinel publia son Traité médico-philosophique sur l'aliénation mentale ou la manie qui devint un grand classique de la psychiatrie. Il y développa une classification diagnostique des principales maladies mentales en 4 volets: la mélancolie, la démence, la manie non-délirante et la manie délirante. Il décrivit aussi les hallucinations de ses patients et il affirma son rejet de la théorie des humeurs, une forme de médecine médiévale.
Sur le plan personnel, Pinel était gentil et sensible, contenu, sévère face à la brutalité, et émotivement distant. Il avait une grande curiosité intellectuelle. Il fut également professeur à l'Université de Paris et le médecin personnel de Napoléon pendant quelque temps.
La contribution la plus importante de Pinel fut sans doute de considérer les malades mentaux comme des êtres humains véritablement malades, ayant droit à leur dignité et requérant des soins médicaux. Pinel était encore actif à l'Hôpital de Paris lorsqu'il mourut en 1826. Des dignitaires de tous les coins du continent vinrent assister à ses funérailles.
Titre original: Philippe Pinel (1745-1826)

On dit souvent de Benjamin Rush qu'il fut le «Hippocrate de la Pennsylvanie» ou le «premier psychiatre de l'Amérique». Il fut le champion d'un traitement humain pour les malades mentaux dans les premières années de l'Amérique républicaine, et il est l'auteur du premier manuel états-unien de psychiatrie: Medical Inquiries and Observations on Diseases of the Mind (1812).
Rush, issu d'une famille Quaker, obtint son baccalauréat de l'Université Princeton à l'âge de 15 ans. Il reçut son doctorat en médecine de l'Université d'Edinburg en 1768 et s'engagea activement dans les mouvements politiques de son temps. Il fut co-signataire de la Déclaration d'Indépendance le 4 juillet 1776.
Pendant une brève période, Rush fut médecin-chef (surgeon general) de la Continental Army sous George Washington, mais il démissionna pour des raisons d'intrigues politiques. Cette démission fut une bénédiction pour les malades mentaux car Rush retourna à la pratique de la médecine en Pennsylvanie et se rapprocha des personnes affligées de problèmes psychiatriques.
À l'Hôpital de la Pennsylvanie, Rush suivit les traces de Pinel et travailla à obtenir des conditions d'habitation plus humaines pour les patients psychiatriques. Il fit aussi la promotion de meilleures mesures d'hygiène et de formes simples de thérapie occupationnelle pour ces patients. Il écrivit:
«Pendant des siècles, [les malades mentaux] furent traités comme des criminels ou furent méprisés comme des bêtes de proie; si on leur rendait visite, ce n'était que par curiosité malsaine ou par amusement... Heureusement, cette cruauté à l'égard de cette catégorie de nos concitoyens et cette insensibilité à leurs souffrances finiront par passer... [À l'Hôpital] on n'entendra plus le bruit des chaînes et des fouets dans les cellules.»
Il importe de le rappeler: Rush pressentait que ce que nous appelons schizophrénie était une dysfonction cérébrale, une conclusion qui fut un triomphe pour la psychiatrie états-unienne de cette époque. Cependant, Rush se trompait sur certains points. Il croyait que cette dysfonction cérébrale était dûe à des vaisseaux sanguins congestionnés dans le cerveau, congestion qui pouvait être déclenchée soit par une paralysie, la goutte, la gestation, ou la tuberculose. Rush, contrairement à Pinel, traita donc la schizophrénie par des saignées. Il crut aussi dans la chaise rotative inventée par Érasmus Darwin en Angleterre quelques années auparavant.
En dépit des errances de Rush sur certains points, on ne peut pas douter qu'il eut le coeur au bon endroit, car il se souciait sincèrement de la souffrance des malades mentaux. Au cours de sa vie, Rush s'engagea activement dans des campagnes anti-esclavagistes et la réforme des prisons; il fonda la première clinique médicale gratuite pour les personnes démunies aux USA.
Mourant du typhus, Rush prononça son avant-dernière parole à son fils: «Sois indulgent envers les pauvres», dit-il. Ainsi mourut un grand homme.
Titre original: Benjamin Rush (1745-1813)

Émile Kraepelin est ce psychiatre allemand qui fut le premier à concevoir une classification des désordres psychiatriques à être largement diffusée. Ce faisant, il identifia clairement cette maladie qui s'appelle depuis ce temps la schizophrénie. Alors que Freud proposait des explications psychologiques pour les maladies mentales, Kraepelin affirmait avec autant d'assurance leur origine physique et biologique, position qui est maintenant largement acceptée dans la communauté scientifique.
Après avoir étudié avec le célèbre psychologue Wilhelm Wundt, Kraepelin reçut son doctorat en médecine de l'Université de Wurzburg en 1878. Il fut alors psychiatre clinicien et enseigna cette matière aux universités de Dorpat, de Heidelberg et de Munich. Admirateur de Bismarck, il avait appris à apprécier l'ordre et l'organisation. Un de ses biographes raconte que la «psychiatrie impériale allemande» acquit sa proéminence sous le «chancellorship» de Kraepelin.
De son vivant, il acquit une grande notoriété dans son domaine en partie à cause de son livre intitulé simplement Psychiatrie (1883). Sur une période de 45 ans, il y eut 9 éditions de ce livre et une traduction en anglais. Les experts citent encore Kraepelin aujourd'hui pour l'importance qu'il accordait aux causes physiques de la maladie mentale. Il établissait principalement la distinction suivante: les troubles endogènes et les troubles exogènes, les premiers étant d'origine biologique suite à une lésion cérébrale, des dysfonctions métaboliques, ou encore des facteurs héréditaires.
Dans son système de classification des désordres psychiatriques, Kraepelin désignait la schizophrénie sous le nom de «démence précoce». Il croyait que la schizophrénie ou démence précoce, était une entité distincte ayant sa propre cause et son évolution propre. Pour soutenir sa thèse, il cumula méticuleusement des miliers de données à partir de cas particuliers. Et ses descriptions détaillées sont encore grandement considérées par les chercheurs d'aujourd'hui.
Enfin Kraepelin subdivisa la schizophrénie en trois sous-groupes cliniques: 1) la catanonie, où l'activité motrice est ralentie, parfois même suspendue complètement; 2) l'hébéphrénie caractérisée par des comportements ou des réactions émotives inappropriés; et 3) la paranoïa caractérisée par des délires de grandeur ou de persécution.
La plupart des travaux de Kraepelin sont aujourd'hui dépassés ou ont fait l'objet de mises à jour suite à de nouvelles recherches en psychiatrie. Cependant ce dernier fait toujours figure de pionnier pour les spécialistes de ce domaine. Un de ses biographes raconte: «Tout comme Pinel et Esquirol, Kraepelin démontra à plusieurs reprises l'importance de faire usage en psychiatrie d'une observation médicale précise et détaillée, de descriptions soignées et d'une classification précise des données. N'eût été de cette orientation, la psychiatrie ne serait jamais devenue une discipline spécialisée de la médecine.
Titre original: Emil Kraepelin (1856-1926)

Bien que la pensée freudienne eut tendance à dominer la psychiatrie américaine durant la première moitié du 20e siècle, les années 1950 virent la ré-émergence d'études portant sur l'aspect biologique de la schizophrénie. La découverte majeure en ce sens fut sans doute celle du premier neuroleptique, la Thorazine, en 1952. En France, Henri Laborit, Jean Delay et Pierre Deniker furent les instigateurs de cette découverte dont la nouvelle se répandit très vite à travers le monde.
À peu près à la même époque, une équipe de scientifiques de l'Université de Washington (à Saint-Louis au Missouri) contribua grandement, elle aussi, à établir le fondement physique de la maladie mentale. Eli Robins, Samuel Guze et George Winoker, conjointement avec leurs étudiants, furent surnommés néo-kraepeliniens en référence à ce psychiatre du 19e siècle, Émile Kraepelin, qui s'était intéressé à l'aspect biologique de la schizophrénie et d'autres dérèglements cérébraux.
Au cours des années 1950, les néo-kraepeliniens furent souvent l'objet de ridicule car leur point de vue biologique et empirique semblait se substituer à la psychothérapie dynamique freudienne par la parole. Mais à mesure que la médication psychiatrique s'avéra plus efficace, les néo-kraepeliniens en vinrent à nouveau à dominer la scène. Une des contributions les plus durables de l'équipe de l'Université de Washington fut sans doute l'importance accordée au fait d'établir un bon diagnostic. Sa première édition des critères diagnostiques parut en 1972 dans les Archives of General Psychiatry. Cette publication eut une grande influence sur l'American Psychiatric Association qui, dans le Diagnostic and Statistical Manual III paru en 1980, élimina une grande partie de la phraséologie freudienne pour la remplacer par les concepts néo-kraepeliniens.
Au cours des années 1980, un organisme communautaire, l'Alliance for the Mentally Ill, fut mis sur pied pour venir en aide aux personnes affligées de désordres mentaux. À peu près à la même époque parut la première édition du livre du docteur E. Fuller Torrey intitulé Surviving Schizophrenia qui décrivait la schizophrénie en un langage simple et accessible à tous. Dès lors, Torrey fut à l'avant-scène de toutes les questions scientifiques et politiques relatives à la schizophrénie.
Par la suite, d'autres livres en édition populaire furent publiés concernant notre maladie. Ainsi Nancy Andreasen, M.D. Ph.D., créa l'expression «étudiants en schizophrénie» dans son livre The Broken Brain. Elle faisait référence aux scientifiques et à toute personne qui s'intéressaient de près à notre maladie.
Aujourd'hui encore, ils sont nombreux les «étudiants en schizophrénie» qui cherchent, d'un point de vue médical, à réduire la souffrance occasionnée par notre maladie. Ainsi le docteur Paul Janssen est le concepteur de deux nouveaux neuroleptiques: l'Haldol et le Risperdal. En fait, toute médication est d'abord conçue par des chimistes et révisée par d'autres scientifiques avant d'être mise à l'essai par des médecins dans le domaine de la recherche expérimentale; le tout pour s'assurer de l'utilité d'un nouveau médicament.
Titre original: Recent Heroes
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National Schizophrenia Foundation «--
traduction: Péléane, Québec (Qué), Can, déc 03
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