Il était une fois un gars qui se prenait pour une souris. Il a séjourné quelque temps dans un département de psychiatrie et il en est sorti joyeux, souriant. Toutefois, n'étant pas rendu plus loin qu'au coin de la rue, il laisse tomber sa valise sur le trottoir et rentre en courrant à l'hôpital. Le psychiatre qui le voit revenir tout essoufflé lui dit : « Eh, eh, eh, qu'est-ce qui se passe là, mon tchom ? Il y a quelques minutes à peine, ça allait bien, tu ne te prenais plus pour une souris. » Et le gars de répondre : « Eh oui, je sais que je ne suis pas une souris, mais y a un gros maudit chat au coin de la rue, lui, est-ce qu'il le sait ?! » -- Morale : la personne qui a fait un cheminement en thérapie ou dans un groupe d'aide ou d'entraide, elle a changé, mais la société dans laquelle elle retourne, elle, elle n'a pas changé.
Les personnes qui portent bien malgré elles le ou les stigmate-s d'un épisode de psychose ne sont pas des diables, elles ne sont pas dangereuses, ni épouvantables non plus, pas davantage que d'autres personnes handicapées ou infirmes. Tels sont les stigmates de la schizophrénie, une dysmorphie (distortion) corporelle ou faciale, sorte d'inesthétisme plus ou moins apparent ou de laideur plus ou moins prononcée, séquelle d'un épisode de psychose. Ce n'est pas malin, ça ne mord pas. Mais, hélas, ça suscite des préjugés psychosociaux, des craintes ou répugnances injustifiées. Pour y remédier : démystifier les stigmates, combattre l'ignorance afin de réduire la discimination, favoriser l'inclusion, l'autonomie (empowerment) et l'intégration.
« Selon le dictionnaire, un stigmate est « une marque durable que laisse une maladie ». Ces marques peuvent être de nature physique, comme les cicatrices de certaines plaies. Également, elles peuvent être de nature morale ou psychologique, donnant lieu aux sentiments plus ou moins subtils de honte, de ridicule et de crainte que la société accole à la maladie mentale. Ils génèrent également des tabous qui marginalisent socialement les personnes atteintes, comme c’est malheureusement le cas pour la schizophrénie. Une fois qu’elles ont appris à gérer leurs symptômes, les personnes souffrant de schizophrénie ont quand même à faire face, à cause des stigmates, à d’énormes difficultés à la maison, avec les amis, aux études ou au travail. Les stigmates rattachés à la maladie semblent les suivre partout. D’anciens amis et même parfois, certains membres de la famille, sont mal à l’aise en leur présence. C’est souvent pour cette raison que malheureusement, un grand nombre d’entre elles s’isolent et se coupent de la société à laquelle elles ont le sentiment de ne plus appartenir. Les stigmates contribuent à la dissimulation de la maladie, tant pour les personnes atteintes que pour les familles. Ils empêchent les personnes d’aller rapidement chercher de l’aide et de se faire soigner. Les stigmates ferment les esprits et alimentent la discrimination. Les stigmates rattachés à la schizophrénie peuvent devenir la cause principale de l’isolement social, de l’incapacité à obtenir un travail, de l’abus d’alcool et de drogues, de l’itinérance et des hospitalisations à répétition, qui sont tous des facteurs diminuant les chances de rétablissement et de réadaptation.
« Au dire d’un très grand nombre de personnes vivant avec la schizophrénie, les stigmates représentent un des plus grands handicaps et un des plus grands défis auxquels ils sont confrontés. Ils sont même parfois plus difficiles à gérer que la maladie elle-même, affirment-ils. Les stigmates sont responsables de nombre d’attitudes préjudiciables à leur égard, ils sont la cause d’une incompréhension manifeste envers les personnes souffrant de maladie mentale et provoquent du rejet et de la discrimination notamment sur le plan de l’emploi, de l’hébergement et du soutien social.
« Les [préjugés] blessent ! Plusieurs mots utilisés, même si la personne qui les dit n’a pas nécessairement de mauvaises intentions, blessent les personnes touchées par la maladie mentale. Des mots tel que ‘ fou ’, ‘ dingue ’, ‘ cinglé ’ sont des exemples de mots [qu'inspirent malicieusement] les stigmates. Dans la vie courante, des gens vont qualifier de « schizophrénique » une situation pleine de contradictions. C’est là un mauvais usage des mots, malheureusement assez répandu, qui dénote une ignorance de ce qu’est la schizophrénie. Il ne vous viendrait pas à l’idée de vous moquer d’une personne ayant une maladie physique comme le cancer ou une maladie de coeur. Il serait donc tout aussi injuste et inutilement cruel de se moquer d’une personne aux prises avec une maladie mentale. »
Source : brochure La schizophrénie, Comprendre et aider, Société québécoise de la schizophrénie, p.52 / 76,
(http://www.schizophrenie.qc.ca/FR/Infos/Brochure.pdf) --
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